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Per e donne, mane turchine

En cette journée internationale  de la femme, ce 8 mars, je ne veux pas oublier l’insubordination des ouvrières dans les années 70. Le nouvel esprit du capitalisme transforme des normes de sexes comme les normes de classes. Après mai 1968, un changement des mentalités s’opère à la suite des mouvements féministes . En 1936, comme en 1968, les usines sont métamorphosées en espaces festifs.
Les gouvernements verraient d’un bon œil le retour des femmes au foyer pour réduire les chiffres du chômage. Mais les femmes en décident autrement. Elles veulent rester des mères qui travaillent toujours, pour des raisons financières certes, mais aussi idéologiques. Salaires et horaires conduisent les femmes à entrer chez Moulinex ou chez Chantelle. Les grands-mères gardent les enfants en bas âge. Avec l’accès à la contraception et la libéralisation de l’avortement, l’articulation entre luttes de classes et luttes de sexes change ; la spécificité des luttes des femmes au travail commence à être reconnue.
L’encadrement des ouvrières n’est pas exempt de stéréotypes qui naturalisent leurs attitudes, ce qui permet de ne pas rémunérer les compétences acquises. Pour un travail de valeur égale, pas d’égalité des salaires. Les femmes sont souvent cantonnées dans les secteurs de production légère, moins rémunérés (textile ,habillement, cuirs et peaux). La mixité des emplois progresse lentement et ni l’égalité des droits ni l’ égalité des chances ne sont respectées
La division sexuée du travail à l’usine reproduit la division sexuée du travail domestique. La polyvalence des tâches conduit à augmenter peu à peu la productivité et à ajuster les tâches aux besoins. L’environnement est souvent détestable : aération, bruit, poussière, saleté, « Il est interdit de parler » 
La représentativité des ouvrières est encore parfois remise en question. Et il n’est pas sûr que la formation par les syndicats, pour être de qualité, n’en soit pas moins orientée vers le militant de type masculin, et ne réserve pas aux militantes les questions de « bonnes femmes ». Les femmes restent en retrait, se sentant peu représentées dans les syndicats, elles sont peu syndiquées, encore moins que les hommes.  es fermetures d’usines  sont un véritable traumatisme vécu comme un deuil, une régression sociale, une souffrance morale. Les ouvrières vont se battre à leur manière. Elles sortent leur production de l’intimité : les patrons qui ferment les usines cherchent à rendre leur production invisible ; les ouvrières, elles, cherchent au contraire à la rendre visible ; elles assument la production,  alors que les propriétaires de l’usine ne la revendiquent pas. Les ouvrières d’usines de lingerie féminine défilent en sous vêtements, elles déconstruisent les normes en rendant leurs propres corps visibles, par une véritable mise en jeu de leurs corps, car ces ouvrières ont un rapport privilégié à ces produits  de lingerie fabriqués à l’usine. A travers les produits de qualité qu’elles fabriquent, les ouvrières se valorisent. Certains sociologues parlent même de reconquête de dignité et de « l’identité volée » (cf Fanny Gallot, En découdre)
Une des façons de mener les luttes c’est de détourner les produits de leur utilisation normale  et de ralentir le rythme de travail : les méthodes sont multiples : auto réduction des cadences, réappropriation des temps morts (fumer une cigarette, parler aux copines) ; l’absentéisme signifie une volonté de réintégration de sa propre vie.
Les mots pour dire les luttes des femmes renvoient à la mémoire d’une vie commune, d’une histoire partagée, d’un travail solidaire. Vingt cinq ans de travail ensemble, cela crée des liens, surtout quand il s’agit d’une activité physique et nerveuse intense, sous contrainte de temps, au point d’arriver à un tel épuisement que les ouvrières opérent une  représentation collective de la « crise de nerfs », symptôme incontournable de la violence au travail.
Cette domination croisée de genre et de classe fait que le temps du travail n’épuise pas le temps de travail des ouvrières : elles vivent le travail à l’usine et celui à la maison en continu : les contraintes de temps s’additionnent, la double journée de travail se déroule sans temps mort, autant de travail à la maison qu’à l’usine. La disponibilité du temps des femmes est permanente au service de la famille. Le travail en usine est chronométré pour chaque opération et est associé à vitesse et dextérité. Le travail domestique renvoie à des responsabilités de mère de famille, chargée de la gestion du budget et de l’éducation des enfants, entre autres…
Mais l’aspiration à la dignité en tant qu’ouvrières et en tant que femmes,est présente ; par des actions totalement inventées, et qui n’ont pas encore toutes été répertoriées, ces femmes « aux mains bleues » ont opéré une véritable subversion des rôles de classes.                                     
Que leurs vies marquent nos mémoires !

« Sœurs d’espérance,ô femmes courageuses /Contre la mort vous avez fait un pacte/Celui d’unir les vertus de l’amour/Ô mes sœurs survivantes /vous jouez votre vie/Pour que la vie triomphe/Le jour est proche,ô mes sœurs de grandeur/Où nous rirons des mots guerre et misère/Rien ne tiendra de ce qui fut douleur/ Chaque visage aura droit aux caresses » Paul Eluard.
 
GRAZIELLA LUISI | Mise à jour le 02/03/2016
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