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L'éblouissante effervescence du savoir

Le territoire du savoir ce n’est pas un espace  clos, mais le lieu du  mouvement. L’essence du savoir est amitié et hospitalité. Tel le furet qui sans cesse passe et repasse, et traverse la terre. Il ne s’agit pas d’imposer  la loi mais de penser depuis un lieu qui est quelque peu hors la loi : le savoir désenclave, franchit les seuils. La société d’aujourd’hui cherche à séparer, pour mieux contrôler : famille, entreprise, marché agissent dans le même sens, celui de l’enfermement dans une normalité. Pas davantage que l’artiste, le chercheur n’est souhaité par la société ; il se forge seul, individuellement, par une puissante individuation : le « je » intellectuel n’est pas nécessairement le « moi » social. Souvenons-nous de l’âge baroque, qui fut une éclosion massive de libertés, au sein de polémiques ardentes et dans des situations de crise.


L’université est une institution baroque, en ce qu’elle est multiple, contestataire, foisonnante, porteuse de points de vue divers, alliant la parole, la vue et l’ouïe et le silence : comme l’art baroque, elle se veut tout en même temps, elle se veut métamorphose. Les pensées universitaires ce sont les terres qui bougent, là où la société veut fixer, assigner à une place. L’histoire nous a appris à ne  pas forcer le destin ni contraindre l’idéal, mais sans refuser l’utopie : l’histoire a le sens qu’on lui donne, à travers ses projets ; le meilleur se conquiert dans la liberté, car nous sommes condamnés à vivre ensemble et à trouver la juste place des choses. Il nous faut abandonner la politique de la peur et du ressentiment, massivement médiatisée, pour une politique solaire, généreuse, hospitalière, qui ne méprise ni les plaisirs ni les désirs, qui se déroule dans la tendresse et l’espoir. Car la révolution sociale  suppose une révolution des esprits, une aventure ontologique. Le savoir est facteur d’émancipation. Au-delà du fétichisme de l’espace clos, prôné par l’idéologie technologique, il nous faut revenir à une joie de vivre méditerranéenne, qui sache réconcilier Marx et Nietzsche, qui dise oui à la pulsion de vie, dionysiaque, épicurienne, hédoniste. Relisons les textes fondateurs des civilisations méditerranéennes. Abandonnons « la virtuosité des âmes basses » pour reprendre l’expression de Jean-Claude Guillebaud. Redevenons idéalistes et humanistes, dans ce monde où seules comptent les images et ce qui arrive aux images et par les images, où le visible et l’énonçable se contrôlent sans cesse, car le monde n’est plus qu’un ensemble d’images. Il nous faut réconcilier les concepts et les percepts, penser et vivre le monde en même temps. Comment harmoniser et rendre complémentaires les différentes philosophies politiques, de l’occident et de l’orient, du nord et du sud ? Comment traduire les différents langages politiques de la Méditerranée ? Comment faire vivre ensemble ses différentes traditions politiques ?

« Je ne peins pas l’être, je peins le passage » (Michel de Montaigne)

Dans nos sociétés, les dispositifs de pouvoirs ne se contentent plus de contrôler les comportements, ils cherchent à constituer des vérités, par des codes et des assignations spatiales. Le rôle du savoir, par son effervescence, son exubérance, est au contraire de décoder, de déterritorialiser, de conceptualiser des lignes de résistance. Il ne s’agit pas de construire de façon clandestine une contre-société, mais de tracer des diagonales, retournant les cartes pour en montrer les dessous, d’être à la fois en marge et au milieu, là où se placent les tourbillons, les mouvements. Le milieu ce n’est pas un concept temporel, l’idée peut survenir à n’importe quel moment. C’est le charme du penser libre qui, tel un furet, n’est ni objet ni sujet, mais court de l’un à l’autre : on ne sait pas en quoi il consiste, tout est dans la manière et dans l’occasion. Le furet du savoir c’est ce « presque rien » sans lequel le monde ne serait que ce qu’il est.

« Nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse et le plus de saveur possible » (Roland Barthes)

Mais le monde politique s’est asséché, coupé  à la fois de la théorie, de la science et de la vie concrète du peuple : il veut fonctionner tout seul, avec les images et les coups médiatiques. On peut regretter le silence des intellectuels dans les médias, et cette gestion du pouvoir à l’émotion, qui tient à distance la théorie et le recherche de la vérité du réel, mais quand les universités ouvrent leurs portes, le monde est moins ossifié, moins inerte ; le désordre provoqué par les groupes de chercheurs crée une fusion qui va transformer le système des règles. Le capitalisme bouge tout sans cesse, il compose et recompose, mais conserve toujours les mêmes objectifs. Seule la recherche rend intelligible le système, y compris grâce à ses désaccords internes récurrents. Dans les collectifs universitaires, le commun ne se situe pas du côté des objets, de la propriété, de l’appropriation, de l’avoir interchangeable, et de la solitude des consommateurs ; il se situe du côté de la pratique théorique, qui vise à saisir les contradictions sociales dans toutes leurs dimensions, de l’appartenance à une communauté de destin et de choix. Chacun invente sa façon d’incarner l’en-commun, l’élaboration du savoir suppose des pratiques  hétérogènes. L’institution universitaire est le seul lieu qui permette de formuler des pensées communes et de développer  un sentiment de partage fait de dissidence et de puissance, de forte individuation et de reconnaissance collective. Le monde est devenu fini, la science illimitée ; la construction d’une communauté de « polis » est une manière forte d’assumer la pérennité individuelle. L’institution de la cité du savoir permet d’affronter la fragilité de l’histoire, d’une histoire désormais dépourvue de Dieux et de Tyrans. Les humains sont aujourd’hui condamnés à se produire eux-mêmes et être libres, faute de vérité universelle. La politique devra s’inventer à partir d’une meilleure articulation entre l’universel et le particularisme, prenant en compte les appartenances croisées. Toute société est confrontée à la question de l’autre. Quand le seul Autre de l’Etat c’est le Capital, la consommation infinie engendre la poursuite d’un désir rapidement tourné contre l’étranger tenu pour un obstacle. Le lieu du commun, créateur d’un imaginaire de l’égalité, est devenu une forme vide, abstraite. Rester en éveil, saisir les signaux, voir de l’autre côté de l’horizon : le savoir est un archipel, une suite d’îles : nous autres, insulaires, devrions y être à l’aise. 

Du bonheur à toutes et à tous en ce bel automne corse !
GRAZIELLA LUISI | Mise à jour le 31/08/2015
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