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Le mot de de la Présidente de la fondation, Francine DEMICHEL

PARTAGER LE SUBLIME

En ces temps de festivités, les illuminations électriques se sont multipliées dans les rues, les ronds-points et les magasins. Avec un goût plus ou moins heureux. Pourquoi donc notre société cultive-t-elle à ce point la laideur ? Devons-nous faire définitivement notre deuil de la beauté ?


Les progrès techniques d’un art n’induisent pas nécessairement des propriétés artistiques. Le temps de la modernité est celui du développement de la technique, et, pour être reconnus comme tels, il convient que les objets techniques soient reconnus comme autre chose que des « techniques de reproduction ou de diffusion » (J. Rancière). Une technique ne devient pas artistique simplement, spontanément; la vie ordinaire des masses risque de manquer son « devenir belle », faute d’avoir derrière elle du symbolique, qui serait seul susceptible d’enlever à la marchandise sa configuration triviale. Une société dont les signes sont plats et ne renvoient à aucune contradiction majeure, a du mal à exprimer la beauté. La parole n’est plus « oratorienne », qui se référait à la pensée du vrai : le régime esthétique des arts se moque désormais du vrai, de la mythologie: la poésie est composée de fictions, ce qui ne veut pas dire de mensonges ni de fausseté. Notre nouvelle manière de raconter des histoires, c’est désormais d’exposer des signes sur des lieux, des objets ordinaires, empreints d’une extrême banalité. Quand le réel ne renvoie pas à la fiction, il est incapable d’être pensé. « Ecrire l’histoire et écrire des histoires relève d’un même régime de vérité » (J Rancière). Quelles histoires fabriquons-nous désormais dans ces périodes de fêtes, quel destin commun avons-nous choisi ?


Pour que la politique nous « parle », il faut que l’art nous construise des histoires, il faut des traces, des trajectoires entre visible et invisible, entre dicible et indicible. Quelles cartes du visible nous dessine aujourd’hui la politique ? Quel découpage du sensible ? Sans littérature pas de politique, sans corps collectifs imaginaires, pas de société.


Certains philosophes hésitent à utiliser le mot d’ « utopie » ; il serait trop ambigu, renvoyant à des rêveries démesurées, à des non-lieux incapables de provoquer des actions d’ajustement. Et pourtant ce concept d’utopie est utile pour combattre la domination, il renvoie à des mots et à des images susceptibles de déconstruire le réel pour le transfigurer, le reconfigurer sous la forme du possible, de la capacité à repenser la forme actuelle du travail, à réaménager l’espace-temps marchand.


La scène publique ne doit pas être seulement un lieu d’exposition de lumières, mais un espace où s’activent des artistes qui doivent illustrer des espaces de débats publics, de conversations, de dialogues. Il est temps d’opérer un véritable déplacement: le travail artistique de demain doit établir une relation nouvelle entre ce que l’artiste fait et ce qu’il donne à voir : l’art deviendra alors une expérience collective, qui soudera la communauté. L’art ne doit pas rester une activité séparée, c’est une activité de travail qui refait un nouveau partage du sensible, élargit la visibilité, recompose les paysages sociaux, en bouleversant l’ensemble des autres activités.


C’est pourquoi les procédés purement techniques ne peuvent se substituer à la praxis subjective interindividuelle qui construit le pouvoir intellectuel. La modernité ne doit pas conduire à priver la société de toute culture. La science se développe dans un monde d’idéalité et d’abstraction. Mais la science ne peut se construire seule, sinon elle devient une simple technique pour maitriser les choses ! La technique de la modernité fait abstraction de la vie, qui, elle, exige la pratique, laquelle transforme le corps. Or, la seule technique n’a cure de l’humain, elle renvoie à une nature barbare, prise de folie, qui finit par constituer à elle-même sa propre fin.


Or l’université a dès lors un rôle essentiel. Elle nous rappelle, à travers les sciences humaines, et notamment la philosophie, que ce qui compte c’est la valeur d’usage déterminée par la subjectivité: l’univers de la technique, quand il devient une fin en soi, brise cet enracinement des processus de production dans le procès de la vie. Le progrès n’est rien quand il n’est qu’un progrès technique, il doit être un progrès intellectuel, esthétique. L’art est une dimension essentielle de la culture. C’est pourquoi lieu de science, l’université doit être aussi lieu de l’imaginaire, qui peut représenter les choses en leur absence, dans leur sensibilité de s’éprouver soi-même.


La mondialisation actuelle déstructure les cultures historiques dans leur différence, dissout le politique qui opérait la régulation et l’encastrement de l’économique. L’université est devenue le seule lieu où s’opère l’articulation entre science, culture et démocratie. C’est pourquoi l’université ne doit pas laisser expulser la culture de son sein. L’auto réalisation a besoin de cette sorte de sacralité que recèle l’art et qui renvoie à l’éthique : les enseignements de sciences humaines, l’histoire, la philosophie, la littérature, les langues nous parlent de l’humain en tant qu’autre que lui-même. C’est comme cela que l’université continue à préserver l’inaudible, l’inexprimable le je ne sais quoi qui rend la vie vivable, dans toutes ses manifestations qui traduisent les affects et les affections. C’est ainsi que l’université restera l’université du sublime, qui produira « des intensités intellectuelles et émotionnelles » pour reprendre l’expression de Jean-Francois Lyotard.

Pace e Salute a tutte e tutti

Francine Demichel,
Présidente de la Fondation

ANTEA GALLET | Mise à jour le 25/01/2019
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